T'as le look coco CSS

 

Aucune maison de disques ne veut me sortir ne serait-ce qu’un single. Quand je te disais que je suis un artiste qui n’a pas eu de chance : l’énorme tube qu’a été T’as le look coco me colle à la peau, c’est pas une étiquette, c’est un sticker géant qui me cataloguera définitivement dans un genre où je suis arrivé par hasard.
Ça m’empêche pas de continuer à m’éclater avec le show T’as le look fluo, et on est toujours bien accueillis partout où on se produit. Mais peu à peu les contrats s’espacent. Pour la 1ère fois depuis 7 ans je reste un samedi chez moi ! Les hôtels sont de moins en moins luxueux. Les salles de plus en plus petites. On m’engage même pour animer des soirées rétro ! T’as le look rétro ! Après seulement 4 ans…

Sur la route pluvieuse de St André de Cubzac (33), 4h29 du mat,  23 juin 1989, le jour se lève, on rentre à l’hôtel, après une nuit (fun) dans une discomobile (moyennement fun). Je repense à cette chanson d’Antoine (dont les paroles m’avaient touché comme si elles me rappelaient ce que j’allais vivre 20 ans plus tard, un souvenir anticipation en quelque sorte) : Mais qu’est-ce que je fous ici? : Chaque soir je quitte / La ville où je viens de chanter / Chaque soir reste dans ma tête / Les yeux d’une fille qui pleurait / Tes yeux à toi qui es venue me voir / Et je ne sais plus que penser… Je cherchais ce que je pouvais te dire / A toi qui t’ennuies dans ton coin / Toi qui t’ennuies depuis des heures / Seule ton verre à la main… / Je dirai je suis millionnaire / J’ai tous les trésors que je veux / Tous les trésors de la terre / Pourtant il me manque 2 yeux / 2 yeux où j’pourrais m’perdre / pour sortir de ma tour d’ivoire / Et je suis seul je suis perdu…
Moi je ne suis ni seul ni perdu. Rencontrée à la terrasse du Krypton de Porticcio, Estelle m’attend dans ma nouvelle villa qui surplombe la baie d’Ajaccio.
Je décide de raccrocher les gants (blancs de Mickey, qui symbolisent mon look avec la caquette Kangol).
Oui, vraiment, rien de pire que la Corse pour se déconnecter des réalités du showbiz…

01/90. J’ai abandonné la chanson et tous les autres speeds… Je commence la nouvelle décennie en Egypte avec Estelle, loin de la folie du succès… Du haut de cette pyramide, j’ai 40 ans, j’vous contemple…
05/95. Succès Fous, mon ultime télé… J’arrive de Cuba en short et ‘’retrouve’’ une dernière fois Valérie Boom Boom. Mais qu’est-ce que je fous ici ?

Succès Fous, TF1, 16/02/91

Voir la vidéo.

 

 


J’aime beaucoup ces captures d’écran pixellisées de mon ultime apparition télé (dont je n’ai pas gardé la vidéo), on dirait un extraterrestre débarquant d’une autre galaxie qui vient pirater TF1. C’est un peu l’impression que j’avais de moi pendant l’enregistrement de ce Succès fous...


Pour moi, en 1991, c’est plutôt succès foutu…
Ça fait 2 ans que j’ai arrêté la chanson.
Sans remords. Sans regret.
Sans rancune. Ni rancœur.
Après 7 années de bonheurs, que des bonheurs. Un septennat bien rempli. 1983-1989 : 2500 jours, au moins 1000 nuits à chanter (pour ne pas aller à la facilité, je dis pas : 1001 nuits…), 400 000 spectateurs, des milliers d’autographes et de : ‘’Hey Laroche t’as le look !’’, des centaines de ‘’rencontres’’ (‘’En un éclair j’ai le coup de foudre’’), 560 000 disques vendus, 120 télés…
Tout ça alors que j’avais très vite compris (dès mon 1er disque) que j’étais loin d’être le chanteur le plus doué de ma génération… C’est plus que j’en rêvais avant de produire un énorme tube. Moins que ce qu’on espérait de moi après T’as le look coco… Mais j’avais fait rapidement le tour (en 6 45 tours) de ce que j’avais à donner.

Désormais j’ai tourné la page (de mon passeport) : après les tournées en France, je fais le tour du monde… En 80 semaines : USA. Russie. Egypte. Sénégal. Maroc. Vietnam. Thaïlande. Cuba…
Je refuse toute (ré)apparition sur scène, dans les magazines, à la radio, en télé.
Alors pourquoi j’accepte de passer à Succès Fous ? C’est quand même pas pour ‘’l’humour’’ de Patrick Roy, Christian Morin et Philippe Risoli ?
Et je comprends encore moins pourquoi j’ai récidivé dans cette même émission 4 ans plus tard. Là, c’est Foucault qui présente. Je débarque en short, T-shirt et tongs de Cuba (tiens, c’était un titre des Gibsons que j’avais aimé : encore du prémonitoire ?), où je m’étais installé. Valérie Boom Boom me rejoint une dernière fois… Entre temps elle s’est mariée, a eu une petite fille. On se ‘’retrouve’’ dans la loge. Sans un mot. Plus rien à se dire. Plus rien à ajouter. La belle aventure est terminée.

C’est une certitude, cette fois : c’est mon dernier mot, Jean-Pierre!

Depuis ce mois de mai 1995 je suis définitivement parti sur une autre planète, vers d’autres musiques et d’autres succès, et j’avais complètement zappé cette vie quand j’étais chanteur…

Je n’imaginais pas que la carrière de T’as le look coco allait se prolonger -sans moi- jusqu’au 21e siècle…

 

 

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